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Les médecines complémentaires coûtent-elles vraiment plus cher ? Ce que dit la science

Une grande étude suisse publiée dans Mayo Clinic Proceedings apporte des réponses concrètes sur l'usage et le coût des MTCI en Suisse.

Écrit par Julien Henzelin
Mis à jour il y a plus de 2 semaines

Quelle est la source de ces informations ?

Une étude longitudinale suisse portant sur 205 423 personnes assurées entre 2017 et 2021 vient d'être publiée dans Mayo Clinic Proceedings, l'une des revues médicales les plus prestigieuses au monde. Les chercheurs de l'Université de Genève et de l'EPFL ont analysé les données de remboursement de Groupe Mutuel — soit plus de 816 000 années-personnes — pour comprendre qui utilise les médecines complémentaires (MTCI), pourquoi, et quel impact cela a sur les coûts de santé globaux.


Combien de Suisses utilisent les médecines complémentaires ?

Dans la population étudiée (adultes avec double couverture LAMal + LCA), 59 % ont eu recours aux MTCI via leur assurance complémentaire (LCA). En revanche, seulement 2,2 % ont utilisé les cinq thérapies reconnues par la LAMal (homéopathie, acupuncture, phytothérapie, médecine anthroposophique, pharmacopée de la médecine chinoise traditionnelle), celles-ci étant remboursées uniquement si prescrites par un médecin diplômé.


Qui consulte en médecines complémentaires ?

L'étude confirme et précise plusieurs tendances :

Les femmes utilisent davantage les MTCI : elles ont près de deux fois plus de chances d'y recourir via la LAMal, et 56 % de chances supplémentaires via la LCA, par rapport aux hommes.

Les personnes de statut socioéconomique plus élevé y recourent davantage, avec un effet dose-réponse clair : plus le niveau socioéconomique est élevé, plus l'usage est fréquent. Cela s'explique en partie par le coût résiduel à la charge du patient pour les prestations LCA.

Les patients atteints de cancer sont les plus grands utilisateurs de MTCI remboursées par la LAMal — cohérent avec le rôle reconnu de ces thérapies dans la gestion des effets secondaires des traitements oncologiques.

Les résidents urbains utilisent davantage la filière LAMal, tandis que les zones péri-urbaines ont une légère préférence pour la filière LCA.


Y a-t-il des différences régionales en Suisse ?

Oui, et elles sont frappantes. La Suisse romande présente un paradoxe intéressant :

  • Moins de recours aux MTCI via la LAMal (33 % de probabilité en moins)

  • Mais des dépenses par utilisateur plus élevées (+26,6 %) pour ces mêmes thérapies

  • À l'inverse, plus de recours aux MTCI via la LCA, mais avec des dépenses par utilisateur plus basses (-27,3 %)

Cette différence régionale reflète des cultures de santé distinctes et des habitudes d'accès aux soins qui varient selon les communautés linguistiques — un élément que les politiques de santé devraient mieux prendre en compte.


Les médecines complémentaires coûtent-elles plus cher au système de santé ?

C'est la question centrale, et la réponse est nuancée.

À court terme : oui, les utilisateurs de MTCI ont des dépenses en médecine conventionnelle initialement plus élevées — environ 49 % de plus en première année. Cela s'explique probablement par le fait qu'ils sont davantage engagés dans leur santé, plus proactifs dans leur démarche de soin, ou qu'ils présentent des pathologies plus complexes.

Sur cinq ans : l'écart se réduit significativement, passant à 34 % en cinquième année — soit une convergence de près de 15 points de pourcentage. Autrement dit, la progression des dépenses conventionnelles est plus lente chez les utilisateurs de MTCI.

Ce phénomène est particulièrement marqué dans deux sous-groupes :

  • Les personnes sans maladie chronique (sans polymédication identifiée) : l'écart passe de +139 % à seulement +20 % en cinq ans.

  • Les patients atteints de cancer (filière LCA) : l'écart s'inverse — en cinquième année, leurs dépenses conventionnelles sont légèrement inférieures à celles des non-utilisateurs (-5,9 %).


Les MTCI remplacent-elles la médecine conventionnelle ?

Non. L'étude confirme que les MTCI fonctionnent en complément, non en substitut : seulement 4,1 % des personnes utilisent exclusivement les médecines complémentaires sans recourir à la médecine conventionnelle.


Qu'est-ce que cela signifie concrètement pour les patients ?

Ces données suggèrent que l'intégration des médecines complémentaires dans un parcours de soins cohérent peut accompagner une trajectoire de santé favorable sur le long terme — en particulier pour les personnes en bonne santé cherchant à la maintenir, et pour les patients oncologiques. Elles soulignent également l'importance d'une coordination entre thérapeutes MTCI et médecins conventionnels : l'étude relève qu'un meilleur suivi médical intégré est associé à des dynamiques de dépenses plus favorables.


Ce que dit cette étude sur la formation en MTCI

Ces résultats illustrent la pertinence d'une formation rigoureuse pour les thérapeutes en médecines complémentaires. Une pratique professionnelle structurée, intégrée dans un écosystème de santé reconnu, contribue à des soins de qualité — et potentiellement à une meilleure allocation des ressources du système de santé suisse.


Référence : De Ridder D, Bagnoud C, Joost S, Guessous I. Deciphering Usage and Expenditures of Complementary Medicine: A Five-Year Longitudinal Data Analysis of 205,423 Individuals. Mayo Clin Proc. 2025. doi:10.1016/j.mayocp.2025.09.018

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