En avril 2023, le journaliste Romaric Haddou publie dans 24 heures une enquête sur la qualité de la formation des naturopathes en Suisse romande. L'article pointe des disparités entre écoles, des lacunes pratiques et un diplôme fédéral encore insuffisamment reconnu par les cantons. Le Centre André Henzelin y figure en photo et en exemple — notamment pour ses réponses concrètes aux problèmes soulevés.
Le constat de l'enquête
L'article de 24 heures identifie trois points de tension dans la formation en naturopathie en Suisse romande.
Des approches disparates entre écoles. Contrairement à d'autres spécialités médicales où un socle commun existe malgré la diversité des courants, la naturopathie souffre d'un manque d'uniformité. Chaque école développe sa propre approche, ce qui produit des niveaux de compétence inégaux et un manque de lisibilité pour les patients.
Des contenus trop superficiels. Plusieurs interlocuteurs de l'article relèvent que les étudiants abordent de nombreuses disciplines sans les approfondir suffisamment. La « boîte à outils » promise serait incomplète pour une prise en charge autonome et sérieuse des patients, obligeant les diplômés à poursuivre leur formation après un cursus ayant déjà coûté jusqu'à 40 000 francs.
Des lacunes pratiques. Le cursus menant au diplôme fédéral impose des centaines d'heures de pratique, mais faute de patients, de mentors ou de cabinets d'accueil, certaines écoles valident ces heures via des activités éloignées de la consultation naturopathique.
Le diplôme fédéral : une promesse non tenue ?
L'enquête pointe un paradoxe structurel : le diplôme fédéral de naturopathie, introduit en 2015, est reconnu par la Confédération comme qualifiant une profession de santé, mais les cantons — à l'exception du Valais — ne lui accordent pas de droits de pratique spécifiques. Un diplômé fédéral ne peut donc, en pratique, rien faire de plus qu'un non-diplômé dans la plupart des cantons.
L'article mentionne toutefois une évolution possible : le Canton de Vaud travaille à un projet de loi pour encadrer les thérapies alternatives et complémentaires, en réponse à une motion parlementaire.
C'est précisément ce type de fragilité institutionnelle qui motive l'engagement du cAH dans le processus de reconnaissance ES auprès du SEFRI — une reconnaissance d'école supérieure qui apporterait un cadre de formation national standardisé et financé.
Les réponses du Centre André Henzelin
Sans être cité nommément dans le texte, le cAH figure en photo dans l'article : la journaliste Marie-Lou Dumauthioz a photographié une consultation au centre, avec Claudia Tejo, illustrant un dispositif concret mis en place pour pallier les lacunes pratiques identifiées par l'enquête.
Espace de consultation intégré. Face à la réticence de certains cabinets à accueillir des stagiaires, le cAH a créé un espace de consultation interne permettant aux étudiants de pratiquer dans un cadre supervisé, sur des patients réels. C'est la réponse directe au problème des heures de pratique validées sans véritable contact patient.
Structuration pédagogique. Le projet Chrysalide — en cours de déploiement — restructure l'ensemble du curriculum autour d'une progression par compétences (taxonomie de Bloom), avec des modules approfondis plutôt qu'un survol de techniques multiples. L'objectif : des diplômés opérationnels, pas des généralistes superficiels.
Certification des formateurs. Le cAH propose à ses professeurs la certification FSEA (FFA CF-AF) via l'IBAW, pour garantir un niveau pédagogique professionnel au-delà de l'expertise disciplinaire.
Pourquoi cet article est important pour notre domaine
Cette enquête de 24 heures met le doigt sur les faiblesses structurelles qui freinent la professionnalisation de la naturopathie en Suisse. Elle nomme des problèmes que le milieu connaît mais aborde rarement publiquement : disparité des formations, insuffisance de la pratique clinique, décalage entre la promesse du diplôme fédéral et sa reconnaissance effective.
Pour le Centre André Henzelin, cet article confirme la pertinence de trois chantiers stratégiques : la reconnaissance fédérale pour standardiser la formation au niveau national, le projet Chrysalide pour structurer un cursus rigoureux et progressif, et l'investissement dans la recherche (Navi) pour ancrer la légitimité scientifique de la profession.
Loin de nier les critiques, nous les accueillons comme un diagnostic partagé qui justifie exactement les transformations dans lesquelles nous sommes engagés.
Source : « Les naturopathes sont-ils suffisamment bien formés ? », 24 heures, 24 avril 2023. Enquête par Romaric Haddou. Photo : Marie-Lou Dumauthioz / Centre André Henzelin.
