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André Henzelin, pionnier de la naturopathie — Entretien fondateur dans Rectoverseau (2007)

En 2007, le magazine Rectoverseau publie un entretien avec André Henzelin, fondateur de l'EPSN et pionnier de la naturopathie en Suisse romande. Un document fondateur qui éclaire l'héritage et la philosophie du Centre André Henzelin.

Écrit par Julien Henzelin
Mis à jour cette semaine

En janvier 2007, le magazine Rectoverseau publie un entretien avec André Henzelin — pionnier de la naturopathie en Suisse romande, fondateur de l'École Professionnelle Supérieure de Naturopathie (EPSN) en 1993. Ce document fondateur, recueilli par Laurent Montbuleau, retrace le parcours, la philosophie et la vision d'un homme dont l'héritage structure aujourd'hui encore le Centre André Henzelin.

Un parcours : de la droguerie à la naturopathie

Originaire du Jura, André Henzelin a d'abord fait son apprentissage de droguiste-herboriste à la sortie du cycle scolaire classique. Il a tenu une droguerie pendant 25 ans — un métier de conseil de terrain où il accompagnait quotidiennement ses clients sur les plans d'hygiène de vie, d'alimentation, de phytothérapie, de gemmothérapie et d'homéopathie.

Son passage chez Bioforce, auprès du Dr Vogel, l'a amené à visiter médecins, pharmaciens et droguistes, et à approfondir sa compréhension des approches naturelles. C'est ce métier de droguiste-herboriste qui l'a convaincu que sa voie était celle de la naturopathie.

En 1970, il entre à l'Institut d'Hygiène Vitale à Paris, où il suit pendant quatre ans l'enseignement direct de Pierre-Valentin Marchesseau — « le père de la naturopathie en Europe », dont les premiers enseignements datent de 1930 — et d'Alain Rousseau. Tous les grands naturopathes francophones d'aujourd'hui (Rousseau, Roux, Kieffer, Masson) ont été formés par Marchesseau.


La fondation de l'EPSN en 1993

Ce qui a motivé André Henzelin à créer l'EPSN en 1993, ce sont les dérives qu'il observait dans le milieu : des personnes qui s'installaient comme naturopathes sans aucune formation sérieuse. Son objectif : remettre de l'ordre, dispenser une formation complète et exigeante, et inviter les futurs praticiens à suivre un cursus structuré avant d'accompagner des patients.

À l'époque, pour se former sérieusement, il fallait aller à Paris (Institut d'Hygiène Vitale) ou en Allemagne (diplôme de Heilpraktiker) — des parcours onéreux. En tant qu'idéaliste, il voulait créer une école à son idée : rigoureuse et ancrée dans la réalité suisse romande. Dès le départ, il a instauré des cours d'anatomie, physiologie et pathologie dispensés par des médecins — un principe qui reste au cœur du cursus actuel du cAH.


La philosophie : le naturopathe comme éducateur de santé

Au cœur de l'entretien, une phrase résume la vision d'André Henzelin : « Le naturopathe est avant tout un hygiéniste ou éducateur de santé, qui enseigne un art de vivre conformément aux lois naturelles. »

Cette définition n'est ni accessoire ni folklorique. Elle pose une frontière claire : le naturopathe n'est ni guérisseur ni médecin. Il accompagne, éduque, transmet une cohérence de vie. Cette posture éthique structure encore aujourd'hui la formation dispensée au cAH et résonne avec les standards professionnels contemporains (OrTra MA, diplôme fédéral).

André Henzelin insistait également sur un principe méthodologique fondamental : aucune technique naturelle n'est supérieure à une autre. Phytothérapie, homéopathie, gemmothérapie, hydrothérapie, diététique — chacune joue un rôle selon les modalités de la cure visée (désintoxication, revitalisation, stabilisation, selon les fondamentaux de Marchesseau). D'où la nécessité d'un enseignement global et intégré des méthodes naturelles — exactement ce que le projet Chrysalide consolide aujourd'hui dans le curriculum.


Une consultation en trois temps

L'entretien décrit une méthode de consultation qui reste la matrice pédagogique du cAH. Un long entretien initial permet de connaître la personne dans sa globalité : antécédents, mode de vie, alimentation, contrôles médicaux existants. Sur cette base, André Henzelin proposait un réglage alimentaire structuré selon « les trois colonnes » — supprimer, modérer, bon — en tenant compte des recherches contemporaines (Seignalet à l'époque) et de l'héritage des pionniers (Carton, Bertholet, Vogel).

Il insistait sur la nécessité de trier : certains régimes préconisent trop de protéines, d'autres trop de céréales. « Nous ne sommes pas des oiseaux, nous n'avons pas de jabot-germoir », lançait-il avec son humour caractéristique. Cette capacité à naviguer entre les courants sans dogmatisme reste une marque de fabrique de la formation cAH.


Un contexte institutionnel en construction

Au moment de cet entretien (2006-2007), le cadre institutionnel de la naturopathie suisse était encore embryonnaire. André Henzelin évoque un jalon européen important : le 29 mai 1997, le Parlement Européen avait voté à Bruxelles sur le statut des médecines non-conventionnelles — naturopathie, ostéopathie, médecine traditionnelle chinoise, homéopathie, phytothérapie — avec le soutien de la Commission de l'Environnement, de la Santé publique et de la Protection des consommateurs, et de la Commission Juridique.

En Suisse romande, la profession n'était pas encore reconnue par les cantons. Dix-huit ans plus tard, le diplôme fédéral de naturopathie sera introduit (2015). Chaque étape s'inscrit dans la continuité du combat institutionnel amorcé par le fondateur.


Un héritage vivant

L'entretien se termine sur une note d'inquiétude lucide : la multiplication des facteurs modernes (stress, pollution, alimentation déséquilibrée) qui font que les simples cures ne suffisent plus à elles seules. André Henzelin appelait à une naturopathie contemporaine capable de s'adapter aux réalités de son temps — climat, travail, état d'esprit, force vitale — sans renier les fondamentaux de Marchesseau.

C'est exactement ce projet que le Centre André Henzelin poursuit aujourd'hui. Trente-trois ans après la fondation de l'EPSN, la vision s'est déployée : trois écoles (EPSN, EPSH, APMT), un institut de recherche (Navi), des publications internationales à comité de lecture, et un processus de reconnaissance fédérale en cours.

Ce que cet entretien de 2007 nous rappelle, c'est que chaque avancée institutionnelle du cAH est enracinée dans un héritage : celui d'un droguiste-herboriste du Jura devenu, à force de rigueur et de convictions, un pionnier dont le nom structure désormais une institution de formation en santé intégrative.


Source : « André Henzelin, un pionnier de la naturopathie », Rectoverseau, janvier 2007. Propos recueillis par Laurent Montbuleau.

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